Honte et sidération

Amandine LAURENS billets d'humeur

L’administration fiscale envisage de rémunérer ses informateurs.

Ce qui pouvait passer pour un sommet bien dangereux de médiocrité a pourtant été confirmé par le ministère des finances et devrait faire l’objet d’un projet de loi présenté au Parlement au printemps 2016 : les personnes fournissant des informations débouchant sur des redressements fiscaux pourront négocier une rémunération.

Voilà une information qui stupéfait alors qu’un tel dispositif existait en matière douanière mais avait été suspendu il y a de nombreuses années. La France institutionnalise la délation et va jusqu’à l’inciter par l’octroi d’une rémunération.

On imagine déjà le risque de fausses alertes, d’abus, de règlements de compte ; encourager les personnes à dénoncer leurs voisins, proches, ou relations laisse sans voix dans une société qui se prétend évoluée.

Voilà qui devrait pimenter quelques divorces et quelques disputes de voisinages…

Et c’est un gouvernement dit de gauche qui se laisse déborder par le syndicat «Solidaires Finances Publiques» qui soutient ce projet.

De tels projets laissent le lecteur en état de stupéfaction tant on peut imaginer les dérives et le projet sociétal que l’on va léguer à nos enfants : le règne de l’espionnage ancillaire et de la dénonciation.

Peut-on imaginer ce que ce type de loi pourra produire entre les mains d’un pouvoir plus totalitaire qui se dessine scrutin après scrutin ?

Peut-on supporter qu’un gouvernement de gauche puisse encourager des lois que l’on pensait réservées aux pires heures de la France, va-t-on accepter cette ignominie qui instaure la délation de proximité ?

Quelle société acceptons-nous de voir s’ériger, restrictions après restrictions, érigeant la jalousie, l’envie, la peur comme seuls recours ou comme moteur sociétal ? Il faudrait donc se méfier de son boucher, de son concierge, de son voisin ?

Qui va donc s’élever contre les amalgames, les raccourcis, les germes d’une société dont les citoyens sont dressés les uns contre les autres ?

La France s’est enorgueillie, il n’y a pas si longtemps, de supprimer la peine de mort; cette même France perd son honneur en livrant les profiteurs ou petits fraudeurs, qui ne s’honorent pas, à de telles lois brunes et sombres. Elle insulte l’excellence de son administration fiscale, elle bafoue ses brigades de vérifications spécialisées.

Pauvre France réduite à des expédients dangereux, prête à abandonner son honneur, à avilir ses citoyens, alors que la solution, la seule, réside dans la notion d’acceptation à l’impôt qui passe par une saine gestion, la réduction des gaspillages et une réforme fiscale dont le poids ne serait plus spoliatif mais incitatif.

En clair, quelques députés démagogues et doctrinaires, en fin de vie élective, conspués tous les dimanches électoraux, à qui il revenait de mettre en place une telle politique ambitieuse, et ce depuis des années, vont choisir la facilité du désespoir en nous déshonorant.

Non, l’urgence budgétaire n’autorise pas tout.

Non, les inégalités qui se creusent ne justifient rien de tel.

Non, l’homme ne doit pas être incité à n’être qu’un loup pour son prochain.

Vichy aurait rêvé de telles lois, l’actuel gouvernement les lui livre… avec un peu d’avance.

France voile ton visage honteux.

 

Par Philippe LAURENS

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