Brexit

Brexit – billet d’humeur

Amandine LAURENS billets d'humeur

Brexit
– Dis moi, c’est quoi le Brexit? Tu m’expliques ce que tu en penses?

– Brexit est un acronyme comme le monde professionnel aime s’en repa√ģtre: la contraction de Britain (UK) et d’exit (sortie).

En clair, les UK sont tout √† la fois une √ģle et membre de la CEE. Pour le moment.
Historiquement, ils n’ont jamais √©t√© conquis militairement (Charlemagne, Napol√©on, Hitler). Ils en tirent une certaine id√©e de leur ind√©pendance qui peut friser l’arrogance.

NB1: en r√©alit√©, ils ont √©t√© conquis plusieurs fois mais n’aiment pas qu’on le leur rappelle: dans l’antiquit√© par l’empereur romain Claude puis au Moyen √āge, Hastings puis les normands notamment.

Ils se sont toujours m√©fi√©s de l’Europe continentale quelle qu’elle soit.

NB2: ils ont mis des ann√©es √† accepter l’id√©e d’un simple tunnel sous la Manche (s√©curit√©, maladies).

NB3: ils √©taient pr√™ts √† s’associer avec le haut commandement Nazi apr√®s Yalta pour contrecarrer l’expansion de la Russie communiste.

NB4: ils tentaient juste avant 1914 d’aider secr√®tement la Russie blanche pour contrer l’axe franco russe alors que le vrai danger √©tait la Prusse et pas la France…

Partag√©s entre leur attirance naturelle pour les USA (ancienne colonie) et la n√©cessit√© de ne pas laisser passer le train de la CEE, ils ont adh√©r√© mais d√©s l’origine, ils y sont all√©s √† reculons.

Il faut reconna√ģtre que jusqu’√† Angela Merkel, le bin√īme omnipotent de la CEE a toujours √©t√© le couple franco‚Äźallemand et les UK subissaient plus qu’ils n’√©taient associ√©s r√©ellement aux d√©cisions. Alors on achetait leur silence par de larges financements CEE.

Ainsi, les UK tout en √©tant membre de la CEE ont refus√© d’adh√©rer √† l’Euro (pour conserver une ind√©pendance √† leur place financi√®re, la City de Londres) et aux accords Schengen (circulation des personnes, notion de contr√īles aux fronti√®res).

NB5: ici encore il convient de remarquer la pertinence de leurs analyses: l’Euro a sonn√© le glas de la co‚Äźgestion de la CEE par la France et l’Allemagne qui via son ancien mark est devenue le seul vrai leader de la CEE et ce d’autant que la r√©unification a bonifi√© leur √©conomie.

Ils étaient dedans tout en ayant un statut spécifique.

Force est de reconnaitre que les UK ont travers√© dans les ann√©es 70 et 80 une crise √©conomique structurelle dont on ne mesure pas compl√®tement l’ampleur. Leurs richesses √©taient essentiellement bas√©es sur la vielle √©conomie typ√©e 19i√®me: agriculture et industrie lourde et mini√®re. Bref, rien de brillant et les conflits sociaux ont √©t√© violents avec de nombreux morts. C’√©tait la Guerre Civile. Ils n’avaient plus les richesses ¬ę¬†gratuites¬†¬Ľ de leurs ex‚Äźcolonies dont ils devaient en plus assumer la perte. Ils subissaient comme tout le monde le premier choc p√©trolier de 1973.

Les anglais ont pris des décisions drastiques dont le réalisme fait froid dans le dos. Mais cela a sauvé le pays même si les années Tatcher (dame de fer) ont été amères à avaler pour les plus démunis.

Comme si un Anglais acceptait de voir mourir un de ses pauvres ?

Pour plaisanter on pourrait dire que d’une part, il n’avait qu’√† avoir le bon gout d’√™tre riche mais en plus, bien souvent, les plus mis√©reux √©taient Gallois… Ou Ecossais. Moins grave…

C’est ainsi que les UK ont été un laboratoire du libéralisme contemporain.

NB6: ils ont √©t√© suivis ‚Äźet m√™me d√©pass√©s en cela par l’Irlande‚Äź qui amplifie les variations en permanence par les chutes en cas de crises et par les remont√©es spectaculaires quand cela va mieux.

Bref, leur r√©alisme, ou leur g√©nie fut de profiter au maximum de la CEE (argent de la PAC pour restructurer leur monde agricole, projets de d√©veloppement industriel (Airbus, avions militaires, etc..), tout en se lan√ßant dans la voie de l’hyper lib√©ralisme (libert√© de licenciement, pas ou peu de couverture sociale, retraites mis√©reuses, pas de salaire minimum, retour aux seules fonctions r√©galiennes de l’Etat, privatisations, etc…).

C’√©tait mon analyse de d√©part: de morts vivants, ils ont su prendre des d√©cisions courageuses (se couper la main aujourd’hui plut√īt que le bras demain) et profiter de la CEE de mani√®re outrageuse.

A ce jour, le pays est restructur√©, dynamique, florissant (il suffit de voir le d√©veloppement de Londres) et l’arrogance revient vite au galop.

Sur la base du constat que depuis peu de temps (depuis 2010 environ) la CEE leur couterait plus cher qu’elle ne leur rapporterait et face au constat que les √©tats de la CEE sont confront√©s √† la tr√®s grave crise des migrants (Calais pour eux), le gouvernement UK sombre dans la d√©magogie en proposant un r√©f√©rendum sur le maintien ou pas des UK dans la CEE.

C’est un peu comme si on demandait aux fran√ßais s’ils souhaitent payer moins d’imp√īt ou avoir des ponctions lombaires toutes les semaines… Que choisiront‚Äźils?

Le suspense est intense…

La CEE a fait une erreur en estimant qu’il ne s’agissait pour les UK que d’une strat√©gie pour obtenir des compensations, des avantages sp√©cifiques de sa part. Une mani√®re de soutirer encore davantage.

Cela fait 2 ans que nos bons fonctionnaires de la Commission se ridiculisent d’un sommet de la derni√®re chance √† l’autre.

Ils se sont f√©licit√©s il y a quelques semaines encore d’avoir enfin obtenu un accord ridicule tant sur les principes que sur un plan financier avec le 1er ministre UK. Non seulement la CEE a montr√© sa faiblesse, a baiss√© son pantalon mais bien pire, elle a offert aux regards stup√©faits toute l’√©tendue de sa b√™tise.

Et dans la vraie vie, pas celle de ces fonctionnaires, les sots, les faibles meurent.

A l’√©vidence, ces n√©gociations seront en tout √©tat de cause inutiles car le soutien du bout des l√®vres du gouvernement UK sera balay√© par le r√©f√©rendum qui doit intervenir avant l’√©t√© 2016.
Alors, me diras‚Äźtu, pourquoi avoir pass√© ces longs mois, presque 2 ans √† n√©gocier avec la CEE? Les UK n’avaient qu’√† organiser le r√©f√©rendum plus rapidement, non?
Que non pas:

1‚Äź Les clauses de sortie de la CEE imposaient au plan du droit de tenter ces n√©gociations;

2‚Äź pendant ce temps, les UK n√©gociaient les accords bilat√©raux avec les √©tats membres en dehors du prisme de la CEE.

Et c’est l√† tout le point fort de la perfidie de l’Albion qui b√©n√©ficie d’une foultitude d’accords bilat√©raux avec de nombreux pays.

NB7: il semble qu’il y ait un relatif consensus entre juristes et historiens pour dire que l’Europe a √©t√© ¬ę¬†invent√©e¬†¬Ľ par les trait√©s de Westphalie en 1648 qui organisent des n√©gociations bilat√©rales au lieu d’une organisation globale et parviennent ainsi √† contourner les blocages.

Leur sortie de la CEE ne provoquera pas le drame tant annoncé, agité par la CEE comme un épouvantail ou la peur de la grande peste.

Ils ont n√©goci√© un statut de proximit√© (l’EEE) comme la Suisse ou la Norv√®ge..

En clair, au plan des √©changes √©conomiques et douaniers ce sera comme avant, au plan fiscal (j’entends libert√© d’√©tablissement des soci√©t√©s, gestion des dividendes, PV, privil√®ge d’affiliation, fiscalit√© des groupes) pareil, au plan financier la m√™me chose.

Ne crois surtout pas que la City va p√©ricliter au profit de la place de Luxembourg ou de Frankfurt…

C’est de la poudre aux yeux incantatoire que de l’imaginer seulement.

3‚Äź Ils se retirent d’une machine aussi lourde et stupide que ch√®re (la CEE) pour en conserver tous les avantages mais sans avoir √† participer √† son financement.

Ils échangent un attelage éculé tiré par des boeufs fatigués contre un véhicule rapide, fonctionnel et léger.

Ils nous narguent m√™me d√©s √† pr√©sent (ce qui prouve qu’ils ont d√©j√† anticip√© les r√©sultats du fameux r√©f√©rendum de juin) en annon√ßant des mesures fiscales all√©chantes et provocatrices (IS √† 15% √† horizon de 2020 et en tout √©tat de cause √† ‚Äź0,50% en dessous du taux de leur seul et r√©el concurrent, l’Irlande, quel que soit ce dernier) toutes √† l’oppos√© de la politique fiscale pr√īn√©e par la Commission ou retenues dans le dernier projet si d√©cevant du gouvernement Luxembourgeois pr√©sent√© en f√©vrier 2016.

sondages Brexit

C’est un coup bien perfide mais c’est un coup de ma√ģtre.

De ma√ģtre Perfide..

Quand je te disais, l’Albion…

Par Philippe Laurens

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